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Le stress et l'anxiété : y a-t-il vraiment une différence entre les deux?

13/06/2019 19:20:00

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Le stress et l’anxiété sont des mots particulièrement en vogue, qu’on emploie parfois comme synonymes, mais quelquefois aussi en insistant sur leur différence. Est-ce parce qu’il parait mieux de souffrir de stress que d’anxiété? D’avoir un enfant stressé, plutôt qu’anxieux? Pauvre anxiété! On lui attribue souvent une connotation négative. C’est probablement parce qu’elle est associée à une lourde étiquette, celle d’un trouble de santé mentale. Qui plus est, d’un trouble de plus en plus commun puisqu’à ce jour, 17% des adolescents québécois souffrent d’un trouble anxieux. Cependant, le stress et l’anxiété ne devraient pas être uniquement des étiquettes rattachées à des troubles. 

Stress et anxiété, pour le meilleur… 

Bien qu’à forte intensité, le stress et l’anxiété peuvent tous les deux mener à de graves conséquences et à un trouble de santé mentale, on ne rappellera jamais suffisamment qu’il s’agit de sentiments normaux, sains, adaptatifs et fiers responsables de la survie humaine. Si l’être humain moderne met des mots précis sur chaque phénomène, la distinction entre le stress et l’anxiété avait bien peu d’importance pour nos lointains ancêtres de la préhistoire. La seule et unique chose qui comptait à ce moment était leur survie. Or, c’est la cascade d’hormones de stress sécrétées dans leur corps qui leur permettait d’obtenir la vigilance et l’énergie nécessaires pour combattre ou fuir le mammouth qui pouvait pointer sa trompe à tout moment. De nos jours, tout se complique. Ces émotions si essentielles sont toujours bien présentes, mais rares sont les mammouths qui menacent notre vie. Nous sommes bel et bien stressés et anxieux, mais face à des dangers qui sont relatifs et qui ne constituent pas de réelles menaces à notre survie. Un danger relatif est une situation qui peut être jugée dangereuse par certaines personnes, mais pas par d’autres. C’est donc au moment même où notre cerveau détermine qu’une situation est dangereuse que notre corps déclenche une réaction de stress. 

Quelle est la part de l’anxiété dans tout ça? Selon la Dre Sonia Lupien, une personne anxieuse détient un cerveau qui est devenu un super détecteur de menaces. Ce cerveau est par conséquent en constante vigilance face aux situations éventuelles qui pourraient survenir et représenter une potentielle menace. Une mauvaise chose? Pas nécessairement. Les super détecteurs de menaces ont l’avantage d’imaginer une panoplie de solutions de rechange à l’avance pour se sortir de toutes ces situations. La mince distinction entre l’anxiété et le stress se situe donc dans la temporalité. L’anxiété se manifeste avant un événement, alors que le stress survient juste avant ou au moment de cet événement. Quoi qu’il en soit, et peu importe si la menace est réelle ou relative, notre corps produit la même cascade d’hormones de stress dans les deux cas.  

… et pour le pire

C’est l’activation fréquente de la cascade d’hormones de stress sur un long laps de temps qui peut être néfaste et mener au développement d’un trouble. En effet, les hormones de stress ont la capacité particulière d'accéder au cerveau. C’est habituellement avantageux lorsque c’est en quantité raisonnable et de façon sporadique. Cela aide à avoir une plus grande vigilance et une meilleure mémoire. Cependant, quand une grande quantité de ces hormones atteignent constamment le cerveau sur une longue période de temps, des conséquences négatives sont possibles. 

Prenons l’exemple de l’anxiété. On peut illustrer celle-ci sur un continuum en présentant la situation de trois enfants. Simon commence la maternelle demain. Il est très probable que Simon vive présentement un état anxieux qui disparaitra une fois sa première journée terminée et quand il aura rencontré tous ses nouveaux amis, dont Clara. Contrairement à celui de Simon, le cerveau de Clara a tendance à être un super détecteur de menaces. Ainsi, durant sa première semaine à la grande école, la fillette détecte toutes sortes de dangers potentiels. On pourrait donc dire que c’est dans la personnalité de Clara de s’inquiéter face à des situations qui ne seraient pas nécessairement inquiétantes pour Simon; elle a un trait anxieux. Au terme de la première semaine, Simon n’a toujours pas rencontré Sammy à l’école. En fait, Sammy a refusé systématiquement que ses parents l’amènent à l’école tous les matins de cette première semaine. Il pleurait tellement qu’il avait de la difficulté à respirer. Sammy vit une détresse importante quant au début de la maternelle, et ses émotions prennent le dessus, l’empêchant de vivre de nouvelles expériences. Depuis longtemps, Sammy réagit de cette façon lorsqu’il doit se séparer de ses parents. Il est possible que Sammy ait ou développe un trouble anxieux

Qu’ils vivent un mariage heureux ou triste, rappelons que si le stress et l’anxiété cohabitent en nous, c’est d’abord parce qu’ils sont utiles et qu’ils se complètent bien. L’anxiété permet de détecter la menace avant qu’elle ne se présente et de planifier des stratégies pour la contrer, puis le stress arrive au galop au moment où la menace bien réelle survient; il génère alors l’énergie suffisante pour faire face à la situation et aide ainsi à mettre les stratégies prévues à exécution. En réalité, c’est très bien fait!  

Références

Gazzaniga, M., Heatherton, T. et Halpern, D. (2009). Psychological Science, 3e éd. New York, NY: W. W. Norton & Company.

Lupien, S. (2010). Par amour du stress. Montréal, Québec: Éditions au Carré.

Lupien, S. J., Maheu, F., Tu, M., Fiocco, A. et Schramek, T. E. (2007). The effects of stress and stress hormones on human cognition: implications for the field of brain and cognition. Brain and Cognition, 65(3), 209-237. 

Prudhomme White, B. (2014). The perceived stress scale for children: a pilot study in a sample of 153 children. International Journal of Pediatrics and Child Health, 2(2), 45 52. https://doi.org/10.12974/2311-8687.2014.02.02.4

Sapolsky, R. M., Romero, L. M. et Munck, A. U. (2000) How do glucocorticoids influence stress responses? Integrating permissive, suppressive, stimulatory, and preparative actions. Endocrine Reviews, 21(1), 55-89.

Spielberger, C. D. (1979). Understanding stress and anxiety (The life cycle series). New York, NY: Harper and Row.

Wiedemann, K. (2001). Anxiety and anxiety disorders. Dans N. J. Smelser et P. B. Baltes (dir.), International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences (p. 560-567). Oxford, UK: Pergamon. https://doi.org/10.1016/B0-08-043076-7/03760-8 

Pour pousser plus loin:

Une panoplie d’informations scientifiques vulgarisées sur le site web du Centre d’études sur le stress humain (CESH), le laboratoire de recherche de la Dre Sonia Lupien: https://www.stresshumain.ca

Le Mammouth Magazine no 18 sur la thématique du stress et de l’anxiété (téléchargeable gratuitement):  https://www.stresshumain.ca/wp-content/uploads/2018/09/Mammouth-magazine2018-FR-1.pdf

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